https://soundcloud.com/euradionatio/lastrategiedurassemblementnationalauparlementeuropeengabrielleheyvaert Il est intéressant de voir qu’en quelques années, le discours du Rassemblement national sur l’Europe a évolué. Le parti a abandonné un discours prônant une sortie de l’UE, ainsi que l’idée d’une sortie de l’euro et d’un retour au franc. Le programme du RN pour les élections européennes de 2019 avançait l’idée de « renégocier les traités ». Le RN s’inscrit donc aujourd’hui davantage dans une logique de réforme interne de l’UE que dans une logique de sortie ou de rejet. Si lors de la campagne de 2014, le RN plaçait la France au cœur de son discours, il tient à présent un argumentaire articulé autour des nations européennes. Dans leur programme comme dans leur manifeste, le RN prône une « alliance européenne des nations » et des coopérations entre les nations européennes. Il reconnaît même l’existence d’une civilisation, d’une culture ou encore d’une idée européenne. Cela semble surtout servir à appuyer leur rejet des migrations extra-européennes, mais le RN a cette fois dépassé le cadre national pour s’inscrire dans un schéma européen. Le RN n’en reste pas moins un parti europhobe, dénonçant entre autres le « fonctionnement punitif » de l’UE, en se référant notamment au Brexit ou à la procédure de sanction contre la Hongrie et la Pologne. Le parti prône aussi le rétablissement des frontières nationales, la suppression de la Commission européenne et, plus généralement, s’oppose à toute politique allant vers davantage d’intégration européenne.

Quelle sera alors la stratégie du Rassemblement National au sein du Parlement européen ?

Commençons par le travail parlementaire. Si on en croit le programme du RN pour ces élections, les eurodéputés du parti auraient eu un bilan brillant, chiffres à l’appui, lors de la mandature précédente, que ce soit en termes d’amendements déposés, de questions écrites, ou d’interventions orales. Pourtant, beaucoup d’observateurs s’accordent tous sur le bilan médiocre des élus du RN. D’après une enquête du Monde, entre autres, derrière les chiffres dont se targue le RN, se cachent davantage de simples actes de présence et des déclarations anti-européennes qu’un travail parlementaire de fond. On note par exemple seulement 13 rapports portés par le RN, et un certain absentéisme en commission parlementaire. Les votes des eurodéputés RN sont également paradoxaux vis-à-vis des idées qu’ils portent : ils se sont abstenus au moment du vote sur la directive travailleurs détachés, et ont voté contre les textes allant vers davantage de contrôle et de sécurité aux frontières. On a donc du mal à imaginer comment un parti au maigre bilan parlementaire pourrait s’investir dans une stratégie de réforme profonde des traités comme il le prétend.

La stratégie au Parlement européen passe aussi par l’appartenance à un groupe. Qu’en est-il pour le Rassemblement national ?

Lors de la mandature précédente, le RN siégeait au sein du groupe politique de l’Europe des Nations et des Libertés, à l’extrême-droite eurosceptique. En amont des élections, Marine Le Pen et Matteo Salvini ont évoqué plusieurs fois la création d’une grande alliance réunissant dans un même groupe les partis de droite extrême eurosceptique au Parlement européen.
Mais ce projet de grande alliance ne verra pas le jour : le parti pour la Liberté de Geert Wilders n’a obtenu aucun siège suite aux élections aux Pays-Bas, et le PiS polonais et le Brexit Party de Nigel Farage ont annoncé qu’ils ne se joindraient pas à une telle alliance. Par volonté d’indépendance, conflits d’egos ou divergences sur certains points (comme la relation avec la Russie), les partis nationaux eurosceptiques d’extrême-droite ne s’uniront pas au sein d’une grande alliance unique au Parlement européen. […]

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